Les jeunes ne lisent plus… les journaux payants de la presse papier

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Aujourd’hui, vous avez sans doute entendu à la radio, à la TV, ou sur le net, l’initiative annoncée par le ministre de la Culture, qui vise à offrir l’abonnement à un grand quotidien de la presse papier (parmi plus de 50 titres différents), ce pendant un an. La condition à remplir : être âgé de 18 à 24 ans. (j’ai mis ci-dessous l’article de Numérama sur le sujet).

Ce sujet m’a fait réagir, notamment sur le fait qu‘il est présenté comme visant à promouvoir la lecture de l’information chez les jeunes. Ainsi, on part d’un constat prétendument établit que les jeunes ne lisent plus, et donc on leur offre un abonnement à des quotidiens pendant un an. Sorte de charité faite à une nouvelle génération qui délaisse les habitudes de ses aieux.

Burning newspaper

Qu’en est-il réellement ? Je passe sur les soupçons (que je crois avérés) d’aide cachée à un secteur en perte de vitesse qui ne veut pas se remettre en cause. Et puis, n’oublions pas. Qui s’en sort bien, dans la presse papier ? Les gratuits. Prenons 20 Minutes, journal qui a pour vocation de résumer l’actualité, ce pour pouvoir être lu en entier en 20 Minutes. D’une part, je crois que ce genre de gratuit répond à un besoin : il va à l’essentiel. Tout comme les blogs, dont les billets sont souvent assez courts, l’attention du lecteur est chose précieuse, et il n’est plus question de la monopoliser trop longtemps. On va à l’essentiel. Si le lecteur veut plus de précision, on lui indique les sources. Si celui-ci a réellement besoin de cette information, alors il peut payer.

Autre chose, justement : le côté gratuit de l’information. Un jeune n’a pas forcément le pouvoir d’achat de se payer chaque jour un quotidien payant. Et même s’il l’a, il ne voit pas forcément bien quel retour sur investissement il aurait, en payant une certaine somme son quotidien (prenons un exemple : Le Monde), mais en n’arrivant à n’en lire que 10% (ce qui est déjà beaucoup). Or, le lecteur n’a pas forcément envie de payer 100% pour consommer 10%. Vu comme ça, cela semble logique, non ? Et bien non : à cela, on nous répond que c’est normal, que tout ne peut pas nous intéresser… Mais dans ce cas, le jeune rétorque qu’il veut bien payer l’intégralité de ce qu’il va consommer (c’est à dire ce qu’il va lire), mais pas plus. Donc si il ne lit qu’un article, il ne veut en payer qu’un.

Notez bien que ce genre de raisonnement se retrouve beaucoup sur internet, où l’on ne paye jamais l’accès à l’information, mais pour autant où on a des mécanismes de sélection de celle-ci en fonction de ses attentes : tout ce que ne propose pas la presse-papier. Donc les jeunes d’aujourd’hui lisent, et à mon avis ils lisent encore plus que les jeunes d’il y a 20 ou 30 ans. Internet n’est que lecture, et quelques fois images, vidéo ou son. Mais majoritairement lecture. La preuve : les moteurs de recherches fonctionnent avec des mots, des phrases, et pas avec des vidéos (comparez la simplicité de réaliser un bon SEO avec un site en HTML contrairement à un site en Full Flash). Les jeunes lisent, s’informent, mais ne veulent plus payer que pour ce qu’ils souhaitent, ce qu’ils veulent, et surtout la seule chose qu’ils consomment, pas plus. C’est exactement la même différence entre l’achat d’un album de musique sur lequel on ne va aimer qu’un seul titre, et l’achat d’un seul titre sur iTunes.

Le jeune de demain ne paye que ce qu’il consomme. Le concept parait simple, mais visiblement, tout le monde de semble pas être assez intelligent pour le comprendre…

Ci-dessous, l’article de Numérama :

Mon Journal Offert ou quand l’Etat sponsorise la lecture de la vieille presse papier
Société 2.0 –

Depuis ce mardi, les jeunes de 18 à 24 ans peuvent s’abonner gratuitement pendant un an à un quotidien de leur choix… parmi une offre d’une soixantaine de titres papier. Une mesure anachronique qui cache mal une subvention déguisée à la presse écrite traditionnelle.

Frédéric Mitterrand a donné ce mardi le coup d’envoi de l’opération « Mon Journal Offert », qui matérialise une annonce faite par Nicolas Sarkozy à l’issue des Etats généraux de la presse en janvier dernier. Les jeunes de 18 à 24 ans pourront s’abonner gratuitement pendant un an à un quotidien, pour ne recevoir en fait qu’un seul exemplaire du journal par semaine. « Une année entière d’abonnement pour laisser le temps de s’installer à l’habitude de lecture« , a expliqué le ministre de la Culture.

La mesure est bien entendue soutenue financièrement par l’Etat. Dans le cadre des missions du fonds de modernisation de la presse (FDM), dont nous avions déjà commenté l’étrange opacité des critères d’attribution des aides, 15 millions d’euros sont consentis sur trois ans au soutien de l’abonnement gratuit.

En soi, l’idée de pousser les jeunes à lire la presse quotidienne paraît être une bonne chose. Comme l’a décrit Frédéric Mitterrand, il s’agit d’un « défi démocratique, citoyen et éducatif« . La démocratie n’est réelle que si les citoyens sont éclairés, et donc informés. Mais l’opération a un goût d’anachronisme. Une soixantaine de titres de la presse quotidienne nationale, régionale et départementale sont associés à l’opération, mais uniquement dans leur version papier. Les Echos ou La Tribune, par exemple, qui proposent des abonnements payants à leur version électronique, ne sont associés que pour leur version papier. Un site de presse quotidienne payant comme Mediapart n’est pas non plus associé. Une allergie à l’écran ou une passion pour le papier recyclé ?

Les jeunes sont incités à lire la bonne vieille papier une fois par semaine, avec ses informations défraîchies, alors qu’ils lisent le reste de la semaine l’actualité en temps réel via Twitter, les blogs et les sites de presse gratuits qu’ils consultent volontiers.

Pour justifier la mesure, le ministère de la Culture cite l’étude décennale sur les pratiques culturelles des Français, dont les résutalts de 2008 montrent que seulement 10 % des Français de 15 à 24 ans déclarent lire un quotidien, contre 20 % en 1997. Mais il oublie fort opportunément de citer des résultats de la même enquête (.pdf), qui montrent que 48 % des 20 à 24 ans lisent des journaux ou des magazines sur Internet, comme 28 % des 15 à 19 ans. Par ailleurs, ils sont 79 % chez les 15-19 ans à lire des blogs, et 63 % chez les 20-24 ans.

L’opération Mon Journal Offert n’est pas une mesure pensée pour faire lire la presse aux jeunes, qui n’ont probablement jamais été aussi bien informés que depuis qu’ils ont tous internet dans leur chambre, mais une mesure déguisée pour subventionner une presse écrite vieillissante déjà perfusée à doses d’aides diverses et variées. Une aide directe de 15 millions d’euros aurait été bannie par Bruxelles.

Article diffusé sous licence Creative Common by-nc-nd 2.0, écrit par Guillaume Champeau pour Numerama.com

[Photo CC]

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