Le piratage de musique abolit par une concurrence sur les licences globales ?

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Je ne suis pas utilisateur de Spotify, et très peu de Deezer, mais je pense être capable de développer une idée à partir de ce que je lis et entend ici ou là.

De plus en plus de gens utilisent Spotify, qui est (pour ceux qui ne connaissent pas) une sorte de logiciel vous donnant accès à un catalogue de musique encore plus complet que Deezer, ce gratuitement, en meilleure qualité que Deezer, mais avec, pour sa version gratuite, des pubs audios entre les morceaux. Il existe une version payante (environ 10 euros par mois si je ne dis pas de bêtises), qui supprime toutes les publicités. Spotify permet donc de rester dans la légalité, car l’entreprise paye des droits aux ayants droits, et, grâce aux pubs (pour la version gratuite) ou au montant de l’abonnement (pour la version payante), re-créée en quelque sorte un principe de Licence Globale : vous payez un prix fixe et vous avez droit à un album illimité et complet.

Spotify

Notez bien que Spotify n’est pas le seul sur ce créneau : Deezer, Jiwa (en France) sont pour l’instant gratuits (et rémunérés par la publicité visuelle), mais il y a fort à parier qu’un jour, ils soient forcés de passer par de la publicité audio (car en fait, Deezer n’est jamais dans un onglet visuel, sauf pour lancer le morceaux ; après, l’utilisateur change d’onglet, et donc la publicité visuelle n’a pas grand impact). Or, si les sites de musique gratuite en ligne finissent par arriver à la publicité audio, ils finiront aussi par agacer leurs utilisateurs… et donc proposeront tôt ou tard une version payante, plus ou moins chère, mais permettant l’accès à l’intégralité du catalogue, et ce, sans pub.

Tout cela pour dire que l’on va vers une démocratisation des distributeurs de musique : les entreprises qui fourniront de la musique vont se multiplier (pourquoi pas la FNAC ? Pourquoi pas Virgin, LastFM, Pandora, MySpace ou encore Facebook ?) ; les abonnements deviendrons légion, et chacun choisira en fonction de différents critères quel fournisseur il préfèrera. Parmi ces critères, j’imagine qu’on pourra retrouver :

  • le prix (bien sûr)
  • la qualité de la bibliothèque musicale (si elle regroupe tous les titres, ou si elle n’est pas complète)
  • la qualité de la diffusion musicale (en quelle qualité son envoyé les fichiers musicaux)
  • la qualité de l’interface (interface simple d’utilisation, possibilités de se constituer un album, des playlists,
    tout ça simplement)
  • la qualité de l’application iPhone ou de l’application mobile
  • le fait que l’application soit disponible en ligne (type : Deezer) ou s’installe chez le client (type : Spotify)

On peut même imaginer plusieurs forfaits, en fonction de l’utilisation du client (tel forfait moins cher n’inclurait pas l’accès à l’application mobile, par exemple).

La fin du téléchargement

Notons également que 10 euros par mois, ça n’est pas si cher que ça (mais c’est déjà beaucoup), et que si le fournisseur de musique est bien fait, l’accès à la musique peut devenir plus simple et plus rapide via un fournisseur légal que via le téléchargement P2P : les morceaux sont forcément de bonne qualité, disponibles tout de suite et tout le temps, avec la possibilité de les emmener partout avec soi (grâce à l’application mobile, et à la mise à disposition des mp3 gratuitement – ce qui reste à faire, mais ça ne devrait pas être le plus gros problème).

Ainsi, s’il devient plus rapide et plus simple de s’inscrire et de payer sa musique, et je crois que beaucoup le feront : à l’heure actuelle, le piratage jouit d’une énorme facilité par rapport aux solutions légale, sachant que la légalité n’est pas un avantage déterminant pour la large majorité des consommateurs (souvent jeunes), qui cherchent davantage la qualité, la rapidité et la facilité d’accès qu’autre chose.

L’offre nationale française, la risée de tous

Avec cette mondialisation de l’accès, on peut d’ores et déjà prédire la faillite de toute tentative nationale : internet sera le point d’accès à la musique, or internet est mondial, donc ça n’est même pas la peine de nous vendre une répartition nationale (ou licence globale au niveau national) de la musique. C’est pourtant ce que l’on est en train de nous dire : une « Licence Globale » serait à l’étude et proposée par les autorité officielles françaises. Oui, on peut rigoler. Mais jaune.

Surtout que, comme pour les films, la consommation de musique va bien au delà des frontières de ce qui est distribué légalement en France : il y a énormément d’artistes non distribués en France qui pourtant sont écoutés par les Français (notamment grâce au piratage !). Donc proposer une solution française est idiote : il faut une solution mondiale, qui ne soit pas engoncée par les limites que voudrais imposer le gouvernement français. Et c’est là d’ailleurs que Spotify a un avantage énorme sur Deezer. Aïe.

D’une licence globale qui irait dans les tuyaux de la répartition française (SACEM et companie), on « risque » d’ailleurs de se retrouver face à des entreprises (américaines pour l’instant), qui auront vite compris qu’il faut être ouvert, et autoriser tous les artistes à être potentiellement distribués sur les plateformes. Apple l’a d’ailleurs bien compris, et on voit aujourd’hui qu’iTunes est le point d’accès le plus complet pour l’achat de musique : les concurrents français pourtant établis depuis longtemps n’ont jamais sû ouvrir leur plateforme à tous les artistes, même amateurs, afin qu’ils puissent vendre leur production (cf MattRash, qui n’a pas produit d’album, mais vend des milliers de copies de ses titres sur iTunes).

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