Google Chrome OS : le système d’exploitation basé sur du Web 3.0

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Si vous avez lu vos flux RSS ce matin, vous n’avez pu passer à côté. Google vient d’annoncer la sortie d’un Système d’exploitation maison appelé Google Chrome OS. Je vous recommande tout de même la lecture de trois articles : Introducing the Google Chrome OS, Google lâche une bombe atomique sur Microsoft: Chrome OS, et Google lance Chrome OS, un système d’exploitation pour netbooks.

Pour résumer en quelques lignes, Google va lancer un système d’exploitation d’abord orienté vers le marché des netbooks, très rapide, s’ouvrant directement sur le navigateur internet Google Chrome (comme gOS ou la tablette Crunchpad), et basé sur un noyau Linux. Le code sera open-source.

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Un système d’exploitation orienté Web 3.0

Le plus important à mon avis dans cette annonce est le fait que le système d’exploitation s’ouvrira sur le navigateur Chrome. Ainsi, le but non caché est de faire du navigateur le système d’exploitation, soit exactement ce que Tristan Nitot explique depuis plusieurs années. Plus précisément, Google propose, via un navigateur, de vous connecter au web, chose fondamentale pour accéder à votre vie en ligne. Après, il faut considérer que toutes vos applications seront en ligne : vous écouterez de la musique via Deezer, Jiwa ou Last.fm, vous enregistrerez vos photos sur Flickr ou Picasa, vous consulterez vos mails via Gmail ou Hotmail, vous ferez du traitement de texte via Google Docs ou Zoho Office.

Pourtant, contrairement a ce que j’ai pu lire ici ou là, je ne crois pas que Google Chrome OS se positionnera en concurrent de Windows XP ou de Windows Seven. Non : il est clair que pour une telle utilisation, c’est à dire utiliser toutes ses applications en ligne, les systèmes d’exploitation pour netbooks déjà existants et basés sur Linux comme Android, JoliCloud ou Mandriva Mini, ou bien encore les OS des eeePC, des Acer Aspire One, des Dell Inspiron Mini, bref, ceux qui étaient déjà sous Linux et qui n’intéressaient qu’un public averti, ces OS Linux « alternatifs » seront les premiers touchés.

En effet : on a cru au début de la vague netbook que Linux, par sa légèreté et sa fiabilité, allait s’imposer sur ce marché, mais il n’en fut rien : les consommateurs voulaient du Windows XP, voulaient, sur leur netbook, installer les applications dont ils ont l’habitude, et donc faire plus que de la navigation et du Web3.0, ce qui a expliqué la très faible pénétration du marché pour ces systèmes d’exploitation alternatifs. C’est la raison pour laquelle je crois que Chrome OS va prendre la place des autres offres Linux pour netbooks, mais pas les parts de marché des offres Windows. Chrome OS sera donc un peut au marché des netbook ce qu’il est au marché des navigateurs : il s’adresse à ceux qui ont déjà fait le pas pour changer d’OS, pas aux consommateurs « de base ».

L’open-source qui nous ramène à l’Android Market

Par contre, la mention faite du code de Chrome OS rendu open-source est aussi un élément tout à fait intéressant. Autant je ne crois pas que Google compte rémunérer son Chrome OS via une quelconque publicité qu’ils sauraient dévastatrice pour l’expérience utilisateur, autant je crois plus qu’ils iront vers un business plan très proche de celui développé avec Android. En effet, on peut d’ores et déjà imaginer que Google va favoriser ses produits dans son Chrome OS, mais surtout qu’il va permettre un certain nombre d’améliorations de son Chrome OS via l’Android Market, qui permettrait, je pense, d’acquérir pour des sommes dérisoires des plugins payants pour son navigateurs, plugins développés par des entreprises tierces, et améliorant très nettement les possibilités de son netbook. Par exemple, aujourd’hui, avec une extension comme FireFTP, on peut rajouter la fonctionnalité FTP a son navigateur (en l’occurrence Firefox) : Chrome pourrait donc devenir une plateforme a laquelle on ajouterait des greffons à la manières des Apps via l’App Store pour les iPhones.

De surcroît, si on reste dans le modèle d’Android, on devrait voir arriver des offres différentes : soit un OS open-source avec le netbook aux couleurs de Google, soit un OS Android masqué derrière la marque constructeur comme le fait actuellement Sony-Ericsson, bref : les constructeurs pourront aussi devenir une source de revenus de Google Chrome OS, via l’option qu’ils choisiront pour l’intégrer à leur machine. N’oublions pas que tel constructeur pourrait être intéressé par avoir le code de Chrome OS pour l’intégrer à sa machine, afin de privilégier son propre App Market (les constructeurs verront donc un intérêt financier conséquent dans la vente de netbooks avec Chrome OS comme système d’exploitation). Exactement comme ce que font actuellement les constructeurs sur la smartphones.

Des bonnes idées et de gros moyens

Ainsi, si je résume, Google propose ici un nouvel OS prometteur, résolument orienté Web3.0, et avec probablement un business plan gagnant-gagnant avec les constructeurs. Cela dit, je ne sais pas si cela fonctionnera. A priori, je crois que les consommateurs auront du mal à passer à un OS tout-Google, au moins parce que Windows leur assure une certaine continuité dans leurs connaissances informatiques, et qu’ils s’y sentent bien, bref : l’informatique si compliquée reste assez « connue » dans un environnement Windows, qu’ils connaissent grâce à leur ordinateur « de la maison ». Donc dans un premier temps, je ne crois pas que le grand public se tournera vers ce système d’exploitation.

Pour le reste, je pense que Google peut faire très mal en introduisant l’utilisation du Web 3.0 via son OS Android sur les smartphones, porte d’entrée a son Chrome OS sur les netbooks. En effet, le plan prévu peut très bien être d’envahir le marché des smartphones grace à l’Android et son Android Market, pour progressivement enfermer la majorité des clients dans le système Google et ses produits diversifiés, afin de faire rester les clients dans cet écosystème, et ainsi vendre des netbooks avec le Chrome OS. Bref : entre Android, Chrome et les Comptes Google, je me demande si ce n’est pas plutôt le système Apple qui est en train d’être reproduit, plutôt qu’une concurrence au système Microsoft, que Google pourrait déjà considérer derrière lui.

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13 commentaires sur ce billet

  1. TiBo dit :

    Très bon article, je suis aussi de ton avis et partage ton analyse.

    Y aurait-il un point à marquer dans l’installation directe de l’OS ? Genre : un .exe de quelques centaines de meg à télécharger par exemple, avec outil de partitionnage intégré et un double boot à la clé ? Ca serait quand même un argument choc pour les utilisateurs qui veulent du Windows (voire du Windows XP) de pas à avoir à rentrer dans leur machine… bouh ça fait peur.

    Mais je sais même pas si c’est possible 😀

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  2. Louis dit :

    Heu, techniquement, si, je pense, et c’est vrai que pour l’idée c’est pas idiot du tout (c’est même très intelligent).

    Pourquoi ? parce que Canonical a déjà fait ça avec Wubi, qui permet d’installer Ubuntu sur un Windows, mais tout en faisant comme si c’était un double boot partitionné et tout : http://wubi-installer.org/

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  3. H4mm3r dit :

    Pour la partie OS, je me demande si le client est d’accord pour perdre la main sur les ressources locales comme le disque dur. Ou alors, Google va fournir une extension équivalente à un Explorer ou un MC.

    Ensuite, pour la partie cible et marché, je suis d’accord pour dire que la menace serait plus pour Linux.

    Enfin, je ne suis pas d’accord pour dire qu’Apple offre les mêmes services que Google en ligne. Pour moi, Apple c’est une boite comme Sony. Elle fait du matos design high end mais client. Elle offre des services comme iTunes mais pas toute la panoplie en ligne qu’a Google. Ou alors, il faut qu’elle repense tous ses softs lourds avec une option upload vers un cloud Apple. Apple vient juste de se mettre à construire son premier data center digne de ce nom.

    Je pense que Google, comme à son habitude, a une longueur d’avance et une bonne vision du marché (Mainframe 2.0). Reste à espérer que tout ceci reste bel et bien ouvert et interopérable.

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  4. xiloa dit :

    google chrome OS gnu/linux sera une distribution de plus. reste à savoir si les utilisateurs sont prets à voir leur donner se promener dans les nuages…. La question numero 1 qui se pose à google est de savoir comment detroner l’OS dominant et privateur. Un combat sans pitié est engagé, et il n’est pas certain que google gagne contrairement à l’idée reçue. En effet, la pression et la mainmise de microsoft sur le monde de l’informatique est importante. La bataille des netbooks a été en celà exemplaire : les utilisateurs réclamaient moins XP que les fabricants ne se sont laissé influencer -sur un terrain par ailleurs mal connu- par microsoft pour réintégrer XP fissa. Entre ceux qui en ont profités pour négocier des tarifs et ceux qui n’etaient pas assez costauds pour assumer, la bataille a fait long feu.
    On voit par exemple que le choix des licences a été plus dicté par la peur juridique que par un choix technique et technologique. Sinon, tous les netbooks auraient eu ubuntu, fedora ou opensuse plutot que les linpus ou xandros moisis, mais « juridiquement » surs.
    Alors GCOS gnu:linux un concurent à qui ? A m$, mais avec quels avantages ? La labellisation et le savoir faire (communiquer) mieux de google fera certainement changer le regard sur « le monde non microsoft »; et ça, c’est dejà bcp.

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