Les Noirs dominent le sport. Pourquoi ?

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Superiorité des noirs sur le sport ? ou pas ?Je suis tombé sur un article intitulé « Pourquoi les noirs dominent les sport ? » sur le site Jeune-Afrique.com, que j’ai trouvé extrêmement intéressant. Je ne peux résister à le relayer. Ben oui, il y a un tabou à dire que les premières places des compétitions d’athlétisme par exemple sont très souvent occupées par des « African americans » ou bien des marocains, kényans ou somaliens. Tabou qui peut aller très loin au pays de la liberté, où dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas n’est pas le bienvenu.

Je sais plus si je l’ai dit quelquepart sur ce blog, mais je crois davantage en l’essor de l’Afrique dans le 20 prochaines années qu’en celui de l’Asie, dont je crois la montée en puissance arrivée à son apogée. Pour cela, je continuerai à montrer par des articles, par des interviews si je le peux, que l’Afrique n’est pas le désert dangereux et guerrier comme on nous le montre dans les médias. Au contraire : l’Afrique porte un vrai potentiel, qu’elle est en train de mettre en œuvre. Bref : si vous voulez croire en quelquechose, croyez en l’Afrique.

Pourquoi les Noirs dominent le sport

5 septembre 2000 – par RENÉ GUYONNET

Aux États-Unis, le sujet est tabou. L’aborder, c’est risquer son job. Et pourtant, à l’approche des jeux Olympiques, un journaliste courageux a essayé de comprendre…

On connaît déjà les finalistes des 100 mètres et 200 mètres des épreuves d’athlétisme aux jeux Olympiques qui débuteront à Sydney, en Australie, le 15 septembre. On sait qu’ils seront noirs, descendants d’Africains de l’Ouest et que pour chaque épreuve, trois d’entre eux seront probablement des Africains-Américains. Il en sera de même pour les épreuves féminines et le 400 mètres plat. Dans les courses d’endurance, les médailles iront à des Africains de l’Est, Kényans et Éthiopiens. Le favori du 1 500 mètres sera un Marocain.
Pour tous ceux qui s’intéressent un peu à l’athlétisme, ce sont des évidences. Le journaliste et producteur de télévision américain Jon Entine a voulu aller plus loin et savoir pourquoi il en est ainsi. Mais il était dès le départ conscient qu’il s’avançait en terrain miné. D’où le titre de son livre : Taboo. Why Black Athletes Dominate Sports and Why We Are Afraid to Talk About It (390 pp., PublicAffairs, New York), « Tabou. Pourquoi les athlètes noirs dominent le sport et pourquoi nous avons peur d’en parler ».
Les Américains ont peur d’en parler parce qu’aux États-Unis, depuis le tournant capital des années soixante, il n’est pas politiquement correct de dire publiquement que des différences de comportement ou des degrés de réussite peuvent être dus à des origines raciales. On ne dit plus Black, mais African American. On s’interdit même d’employer le mot « race ». Il faut dire « groupe ethnique ». Un écart de langage, et on perd son job. Entine cite deux exemples.
En janvier 1988, un journaliste sportif de la chaîne de télévision CBS, Jimmy Snyder, dit Jimmy le Grec, dîne dans un restaurant à la mode de Washington. Une équipe de TV passe par là et l’interviewe, impromptu, sur le sport en général. « Le Noir, dit Snyder, est un meilleur athlète parce qu’il a été fait pour ça… Du temps du commerce des esclaves, le propriétaire nourrissait copieusement les femmes noires pour qu’elles donnent naissance à un solide rejeton. C’est comme ça que tout a commencé. » Et il ajoute que les Noirs « sautent plus haut et courent plus vite » parce qu’ils ont « de grosses cuisses et sont plus grands ». Une vingtaine d’années auparavant, un Africain-Américain, Lee Evans, alors recordman du monde de 400 mètres et militant du Pouvoir noir, avait déclaré : « Le Noir a été introduit dans ce pays pour ses qualités physiques, pour travailler la terre. On lui a imposé un travail physique. Puis le propriétaire blanc lui a fait faire du sport. Un propriétaire d’esclaves disait à un autre : « Mon Nègre court plus vite que le tien » ou « Mon Nègre est plus fort que le tien ». L’accent a été mis ainsi sur la valeur physique… La compétition était une manière de se faire remarquer. Et ça a continué depuis. »
Personne n’a accusé Lee Evans d’avoir tenu des propos racistes. Et personne n’a prêté non plus attention à l’explication complémentaire donnée par Jimmy le Grec à la supériorité des Noirs : « Eux, ils gagnent parce qu’ils s’entraînent et s’entraînent. » Mais quelques jours plus tard, Jimmy Snyder était licencié par CBS.
La même aventure était arrivée, en 1987, à un dirigeant de l’équipe de baseball des Los Angeles Dodgers, Al Campanis. Interviewé à la télévision sur la chaîne ABC pour le quarantième anniversaire de la levée de la « barrière de couleur » dans ce sport, il explique que s’il y avait si peu de Noirs parmi les dirigeants des équipes de baseball, c’est qu’ils étaient des « joueurs merveilleux », mais qu’ils n’avaient peut-être pas les « qualités nécessaires » pour diriger. Campanis travaillait depuis quarante-quatre ans aux L.A. Dodgers. Chargé du recrutement, il avait toujours engagé sans hésiter des Noirs et des Latinos. Deux jours après l’interview, il était licencié.
Cette hypersensibilité américaine à la question raciale s’explique évidement par le lourd passé de l’esclavagisme, de la ségrégation et de ce qu’on appelle là-bas la Civil War, en français la guerre de Sécession. Abraham Lincoln lui-même, le grand émancipateur, déclarait dans un débat : « Il existe une différence physique entre les races blanche et noire qui, je crois, interdira à jamais que les deux races puissent coexister sur un pied d’égalité sociale et politique. » L’opinion courante était que les Noirs étaient congénitalement inférieurs aux Blancs, physiquement et intellectuellement. Qu’il pût y avoir, dans le domaine du sport, des champions noirs étaient inexplicable et scandaleux. Il y en eut, pourtant, qui ont fait tomber les barrières et permis l’explosion de ces dernières années.
« L’athlète noir le plus important de l’Histoire », pour Arthur Ashe, le seul Africain-Américain vainqueur des tournois de tennis de Wimbledon, d’Australie et de l’U.S. Open, est le boxeur Jack Johnson, qui défia l’opinion au début du siècle. Sa victoire sur le Blanc Jim Jeffries déchaîna des émeutes qui firent treize morts noirs.
Autre pionnier qui, lui, défia Hitler : le sprinter Jesse (James Cleveland) Owens, né à Oakville, dans l’Alabama, en 1914. Il remporta quatre médailles d’or aux jeux Olympiques de Berlin en 1936 : 100 m, 200 m, saut en longueur et 4×100 m. Trois autres Noirs étaient revenus victorieux des Jeux précédents, à Los Angeles, en 1932, dont Thomas « Eddie » Tolan (100 m et 200 m). Les victoires de Jesse Owens, né pauvre, mais admis à l’Ohio State University, firent beaucoup pour donner aux adolescents noirs le goût de la compétition et l’espoir d’une ascension sociale. Lui-même, pour survivre, dut se prêter à des courses exhibitions contre des chevaux ou des motos.
Un autre événement sportif devait soulever dans la presse noire américaine un enthousiasme comparable aux reportages sur les Jeux de Berlin : le match de boxe entre Joe Louis et l’Allemand Max Schmeling en 1938.
Né Joseph Louis Barrow, lui aussi en 1914 dans l’Alabama, septième d’une famille pauvre de huit enfants, le jeune boxeur se heurta à une barrière raciale encore renforcée depuis le temps de Jack Johnson. Après une cinquantaine de succès chez les amateurs, il franchit cette barrière en 1935 en mettant k.-o. à la sixième reprise Primo Carnera, le géant italien aux combats truqués.
Le racisme s’en donna alors à coeur joie. Attaque du papier du journaliste sportif Davis Walsh : « Quelque chose de sournois et de sinistre et peut-être de pas tout à fait humain a jailli hier soir de la jungle africaine pour frapper et démolir complètement cette grosse masse de chair qu’avait été Primo Carnera. » Dans le New York Daily News, le columniste Paul Gallico traitait Louis de « tueur sorti de la jungle… Un vrai sauvage, un homme sur lequel la civilisation ne repose pas de façon plus assurée qu’un châle jeté sur les épaules d’une femme ».
Mais parallèlement, on pouvait lire dans la biographie de Joe Louis, publiée cette même année 1935 : « C’est mon devoir de prouver que, blanc ou noir, un homme peut être le meilleur boxeur du monde et rester un gentleman. » Ce n’était pas lui qui avait écrit cette « autobiographie », mais la volonté de faire de Louis le « symbole du talent africain-américain » n’en était que plus évidente. Dans ses combats contre Max Schmeling, il incarnait face aux nazis les valeurs démocratiques. L’historien noir Thomas Sowell témoigne : « Son comportement sur le ring était plus important pour les Américains noirs que le destin de n’importe quel autre athlète dans n’importe quel autre sport, que ce soit avant lui ou après. Il était tout ce que nous avions. »
On comprend que des Américains qui ont sur les épaules le poids d’un tel passé aient peur de dire ouvertement que les athlètes noirs ont des qualités à part. Laissons de côté le basket-ball, le baseball et le « football », sports typiquement américains où la domination des Noirs est tout aussi écrasante, et restons dans l’athlétisme. On est bien obligé de constater, là, que la dernière victoire d’un Blanc au 100 m des J.O. remonte à 1972 : c’était le Soviétique Valeri Borzov, en 10 »14 (et non l’Allemand Armin Hary en 1960, comme l’écrit Entine ; en 1980, les Américains ont boycotté les jeux de Moscou, et le vainqueur a été l’Écossais Alan Wells). Depuis, les 32 finalistes des quatre derniers J.O. avaient tous une ascendance ouest-africaine. Il en va de même des athlètes qui ont couru le 100 m en moins de 10 secondes. Et des recordmen du monde, du 100 m au 400 m haies. Même l’Italien Pietro Mennea, qui fut recordman du monde du 200 m en 19″72 de 1979 à 1996, avait du sang africain. C’est naturellement un Africain-Américain qui battit le record, en 19″32 : Michael Johnson.
On peut ajouter à ces constatations faites par Entine l’exclamation de Patrick Montel, lors du reportage sur les championnats de France d’athlétisme sur France 2, le 5 août : « Que serait le sprint français sans les Antillais ? » Quels sont, en effet, ses fleurons ? Le Guadeloupéen Roger Bambuck, qui, en 1968, égala le record du monde du 100 m en 10″ (chronométrage manuel), et ses compatriotes Marie-José Pérec, championne du monde du 400 m en 1991 et 1995, championne olympique du 400 m en 1992, du 400 m et du 200 m en 1996, et Christine Arron, recordwoman d’Europe du 100 m en 10″73. Tous ont bien évidemment des ancêtres ouest-africains.
Sur les distances supérieures, sauf pour le 1 500 m et le mile, où le record du monde appartient au Marocain Hicham el-Guerrouj, ce sont les Africains de l’Est, Kényans et Éthiopiens, qui dominent.
Voilà pour l’athlétisme. En revanche, aucun Noir américain, malgré des programmes spéciaux, ne s’est jamais qualifié pour les épreuves de natation ou de plongeon des J.O. Aucun n’a jamais brillé dans des épreuves de patinage, contrairement aux Asiatiques.
Il faut bien qu’il y ait une explication. Personne n’accuse de racisme les chercheurs qui constatent que certains gènes prédisposent à certaines maladies. Pourquoi, demande Entine, serait-il raciste d’expliquer la supériorité des Noirs dans certains sports par certaines prédispositions génétiques ? Qui n’impliquent pas forcément qu’ils sont par ailleurs idiots…
Sans remonter à Lucy et à l’Homo sapiens et dénoncer l’eugénisme, comme le fait Entine, on peut citer le résumé de ses conclusions, qui tiennent compte des nombreuses études réalisées depuis 1928 :
« Les Noirs d’origine ouest-africaine ont généralement :
– relativement moins de graisse sous-cutanée sur les bras et sur les jambes, et un corps et une masse musculaire proportionnellement plus fins, des épaules plus larges, des quadriceps plus étoffés et, en général, une musculature plus développée ;
– une cavité pulmonaire plus petite ;
– un centre de gravité plus élevé, une position assise plus tassée, des hanches plus étroites et des mollets plus légers ;
– une envergure et une élongation maximale des segments plus grande : la main est relativement plus longue que l’avant-bras, qui à son tour est relativement plus long que le bras ; le pied est relativement plus long que le tibia, qui est relativement plus long que la cuisse ;
– un réflexe du tendon rotulaire plus rapide ;
– une densité corporelle plus forte, qui est probablement due à une densité minérale plus élevée des os et à une masse osseuse plus lourde à tous les stades de la vie, y
compris pendant la petite enfance (malgré une absorption de calcium plus faible et une prévalence plus élevée d’intolérance au lactose, qui interdit la consommation quotidienne de produits laitiers) ;
– des niveaux de testostérone (de 3 % à 19 %), qui favorisent l’anabolisme et contribue théoriquement à augmenter la masse musculaire, à réduire la présence de graisse et à renforcer l’aptitude à accomplir un effort plus intense avec une récupération plus rapide ;
– un pourcentage plus élevé de fibres musculaires à contraction rapide et d’enzymes pures anaérobiques, qui peuvent se traduire en une énergie plus explosive. »
Autant d’atouts pour les athlètes qui pratiquent des
sports anaérobiques tels que le football (américain), le basket et le sprint. Mais autant de désavantages pour ceux qui veulent faire de la natation (squelette plus lourd et cavité pulmonaire plus faible sont parfaitement contre-indiqués) ou des sports d’endurance.
À l’inverse, les Africains de l’Est (et les Maghrébins : le nouveau recordman du monde du marathon est le Marocain naturalisé américain Khalid Khannouchi) sont biophysiologi-
quement doués pour les efforts prolongés : ils sont plus légers, fabriquent plus d’enzymes productrices d’énergie, assimilent plus facilement l’oxygène (et donc se fatiguent moins vite) et possèdent une plus grande capacité pulmonaire.
L’examen clinique confirme donc ce que l’amateur peut constater à l’oeil nu. Mais Entine a raison de citer dans la foulée les remarques d’un chercheur de l’université d’Indiana, Gary Sailes : « Ces avantages restent insignifiants s’ils ne sont pas pleinement développés par un entraînement intensif et par une insertion dans un environnement porteur et compétitif qui ouvre la voie du succès sportif. »
Ce qu’oublie Jon Entine, en revanche, c’est qu’il ne suffit pas d’avoir des ancêtres ouest-africains pour bénéficier de cet « entraînement intensif ». Aucun des athlètes cités dans les deux tableaux, même pas le Namibien Frankie Fredericks, ne s’entraîne en Afrique. Les conditions n’existent simplement pas. Pour atteindre le niveau de performance d’un Maurice Greene ou se forger le palmarès d’un Carl Lewis, il faut être formé à l’américaine et, mieux encore, aux États-Unis, et pas n’importe où. Aucun des Africains de l’Ouest qui ont participé (et brillé) aux championnats de France (sans concourir pour le titre) parce qu’ils s’entraînent dans les clubs français n’a une chance de succès à Sydney. C’est mathématique : il suffit de regarder leurs temps. Ce n’est pas un hasard si l’adversaire le plus dangereux de Greene au 100 m est l’Antillais Ato Boldon, qui s’entraîne avec lui au groupe Hudson Smith International, avec John Smith – ce John Smith chez qui Marie-José Pérec est allée travailler, avant de retrouver dans l’ex-Allemagne de l’Est Wolfgang Meier, l’homme qui forma (et épousa) la toujours recordwoman du monde du 400 m, Marita Koch. (De même, quelles que soient ses qualités physiques, Hicham el-Gerrouj ne serait pas ce qu’il est s’il n’y avait pas l’Institut national d’athlétisme de Rabat.)
Pour réussir dans le sprint comme réussissent les sprinters noirs américains, il faut aussi avoir une mentalité américaine, c’est-à-dire :
– s’inscrire dans une tradition qui donne l’espoir et la détermination de « s’en sortir », socialement et financièrement ;
– être un gagneur forcené, prêt à lancer et à relever tous les défis.
Ce dernier point est capital. L’esprit de compétition d’un Maurice Greene ou d’un Michael Johnson est tel qu’avant le 200 m des sélections américaines pour les J.O., fin juillet, ils se lançaient publiquement des provocations aux limites de l’injure. Et que dans ce 200 m, ils se sont donnés tellement qu’ils se sont blessés – et ne sont pas qualifiés.
De même, la sprinteuse Marion Jones. À 24 ans, même après sa blessure aux 200 m des championnats du monde de Séville, elle affiche rien de moins que son ambition de remporter à Sydney cinq médailles d’or et de « marquer l’Histoire ». « Toute ma vie, j’ai gagné », dit-elle à L’Équipe Magazine, et, pour France 2, elle lit son cahier d’écolière où, à 9 ans, elle écrivait qu’elle serait la plus grande.

C’est une volonté de victoire que le père inculque à son enfant, là-bas, dès son plus jeune âge. Voir, en tennis, les soeurs Williams. Ou le golfeur prodige Tiger Woods, qui a du sang africain-américain, américain-indien et chinois par son père, et du sang thaï, chinois et blanc par sa mère. À un an, il « puttait » mieux que Bob Hope ; à 3 ans, il « scorait » 48 sur 9 trous.

Si le site Jeune-Afrique.com me demande de retirer cet article de mon blog (via la page de contact par exemple), je le ferais dès lecture de leur mail.

Edit : Je ferme les commentaires, mais donne deux lien fournis par bittersweetafrice dans les commentaires :

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