Un militaire désabusé raconte.

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Vu sur Atlantico, un commentaire par GlopGlop, à la suite du billet relatant de la vidéo sur l’homme qui aurait tué Ben Laden. Pour ceux qui l’ont lu, vous verrez des similitudes assez sombres entre l’armée américaine et l’armée française. En gros : il apparait que certains poussent les gens vers la sortie de préférence avant que ceux-ci soient en droits de bénéficier d’une retraite (ou, dans le cas de l’armée américaine, d’une couverture santé). « C’est comode », disait Victor Hugo dans l’Homme Qui Rit. Mais pas très glorieux. 

Quand on décide de devenir militaire de carrière, il faut réfléchir à plusieurs choses auxquelles rien n’y personne ne nous prépare. Premièrement, c’est de savoir si l’on cherche une situation stable avec plan de carrière et de retraite à la clef ou vivre des choses sur le terrain, que celui-ci soit terrestre, maritime ou aérien… bien qu’aérien en dehors des parachustites qui ne font que descendre et ne rester qu’un cours instant en l’air, les pilotes ont un peu plus d’avenir en raison du coût de leur formation et de leur appartenance au corps officier. Secondement, il est clair que depuis des années (un peu avant la seconde guerre du Golfe par exemple pour la France), la tendance est d’amener les militaires non-officiers, techniciens comme combattants, à peu de temps de la retraite mais de faire en sorte qu’ils n’y parviennent pas, et quittent les rangs entre neuf et onze ans de service, même s’ils ont dans leurs états de service nombre de jours de présence en zone à risque, en situation dangereuse, décorations et remerciements divers signés dans les chancelleries et tutti quanti, y compris des diplômes et des compétences notoires voire spécifiquement notoires et même rares.

Il faut donc aborder sa carrière en se disant qu’on vient pour y prendre ce qu’on est venu y chercher (dans mon cas il y avait le fait de pouvoir suivre des études que je ne pouvais m’offrir), de se préparer à en partir sans même penser à la probabilité de parvenir aux droits à la retraite, accepter de faire son boulot quel qu’en soit la vérité déjà connue ou à venir (un militaire est une sorte de mercenaire légal quoi qu’on en dise à moins d’aimer le bureau et le port de la tenue No.1 voire No.1 de service courant donc le treillis seulement usé par le lave-linge, cravate et encore, chaussures cirées aux semelles limées… par la moquette ou le parquet, garçon de bureau en quelque sorte dont le seul risque est de prendre une gomme sur le pied). Soit on choisi de gérer sa carrière, soit on choisi d’être un matricule géré, expédié, rapatrié, ré-expédié… et ainsi de suite, d’encaisser ses chèques tous les mois et d’avoir d’autres souvenirs en tête que les paperasses à remplir pour les archives, c’est pas bandant mais c’est stable. Il n’y a pas d’avenir à long terme dans l’armée pour celui qui veille, tire, espionne, exécute, ou quelque chose d’à peu près comme ça.

On est là les uns pour les autres par pour le pays qui dit avoir une armée et des militaires qu’il aime. On est là parce qu’on a envie de vivre autrement, un temps du moins, et puis tôt ou tard, on rentre, on passe à autre chose, on se souvient des copains, on a une larme quand il en manque un, et on se dit que rien n’est important, seul ce que l’on veut faire de sa vie maintenant compte. Nous sommes un paquet en France à être malade après nos carrières et nos retours du Liban, du Golfe Persique, des Balkans (c’est toujours les mêmes noms sur les listes de présents), nos maladies ne sont et ne seront jamais reconnus, nous n’avons pas de prises en charge, nous rejoignons la longue cohorte des malades de tant de professions, de tant de nos aînés avant nous, la vie est ainsi, cruelle… mais à vivre quand même. Vouloir et avoir a toujours un prix, mercenaire comme tout le reste.

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