Steve Jobs regrette qu’en entreprise, les employés utilisent un matériel qu’ils n’auraient pas choisi

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Le 5 janvier dernier, Apple a envoyé un mail promotionnel intitulé « Mac pour l’entreprise », marquant le retour officiel d’Apple dans le monde des entreprises. Cela correspond avec le fait que Apple prenait des parts de marché avec son iPhone sur RIM et ses Blackberry, mais cela reste étonnant par certains aspects avec l’arrêt des Xserve. InfoWorld rapport que le vice-president des ventes aux entreprises chez Apple est parti en 2008 de la firme mais n’a jamais été remplacé. Les ambitions d’Apple pour les entreprises étaient donc jusqu’alors plutôt floues. Pour autant, une intervention de Steve Jobs vient expliquer cette (non-) orientation.    

L’été dernier, le PDG d’Apple a en effet expliqué :

Ce que j’aime avec le marché des consommateurs est exactement ce que je n’ai jamais aimé sur le marché professionnel : vous venez avec un produit, nous essayons de le dire au plus grand nombre, et chacun votes pour lui-même. Ils disent oui ou non. Et si une assez grande quantité dit oui, alors nous avons du travail le lendemain. Vous savez, c’est comme ça que ça fonctionne. C’est très simple. C’est pourquoi dans le marché professionnel ce n’est pas aussi simple. Les gens qui utilisent les produits ne décident pas pour eux-même. Et les gens qui prennent ces décisions sont quelques fois incertains du bien-fondé de leur choix. Nous aimons faire les meilleurs produits pour les utilisateurs, et les faire voter avec leur porte-monnaie pour savoir si nous sommes dans le bon chemin ou non.

Si il faut bien reconnaitre un truc, c’est que quand Steve Jobs présente un produit, on sent la fierté envers ses équipes et la demande de « vote » des utilisateurs.

Je suis sûr et certain que je ne suis pas le seul, mais je dois dire que je partage totalement son avis, au moins sur l’aspect choix/utilisation du matériel en entreprise. Ceux parmi vous qui ont été dans une entreprise assez grosse (ou un service public) savent à quel point le monde se divise en deux (pour reprendre Sergio Leone) : il y a ceux qui utilisent le matériel qu’on leur impose, et ceux qui l’imposent. Toi, tu l’utilises. Et chacun sait comme on peut avoir à se demander d’où sort tel ou tel outil, pourquoi on a voulu nous l’imposer. Les raisons de ces choix ne sont pas toujours connues, mais quelque fois, il vaut mieux ne pas avoir à les connaitre.

Imaginez un monde où certaines grosses décisions (en entreprise) seraient faites sur des critères qui dépasseraient la simple comparaison. Je prend un exemple : une grosse entreprise veut s’équiper de 10000 ordinateurs portables assez puissants, avec une valeur d’environ 400 euros pièce, le contrat incluant tout une séries de clauses de SAV,  d’accompagnement, de matériel annexe, etc. L’appel d’offre va être fait, et on va dire qu’une dizaine d’entreprises vont répondre, à peu près au même prix, à peu près avec la même qualité pour ce qu’à prévu l’appel d’offre. Ne sachant pas comment les départager, et plutôt que de pousser la sélection plus profondément, le choix du prestataire/fournisseur se fera « politiquement » (en gros, la décision ne se fera plus sur des critères écrits noir sur blanc, mais sur d’autres critères, plus « relationnels »).

Sauf que, chacun le sait, un ordinateur ne se résume pas à son processeur et sa quantité de RAM : si vous avez un ordinateur lourd, volumineux, avec un clavier peu pratique, un trackpad de mauvaise qualité, et un écran dont la luminosité est comparable à ce qui se faisait il y a dix ans, l’utilisation d’un tel outil de travail peut vite devenir un point « ralentissant » votre productivité plutôt que facilitant votre travail. Mais ça, la personne qui a pris la décision n’y avait pas pensé…

Je pense que c’est cela dont veut parler Steve Jobs. Quand on choisit « pour soit-même », on se renseigne beaucoup plus que les simples critères rapides et flous : on se renseigne autour de soit, on demande des avis, on tergiverse (c’est d’ailleurs un inconvénient), mais on se pose des questions. Et si un produit est bon, qu’on a fait un bon choix, on le fait savoir.

Alors que quand quelqu’un d’autre a pris la décision, quelqu’un qui, probablement, soit n’a pas idée de ce que c’est de travailler toute la journée sur un PC et de ce que cela implique comme exigences pour cet outil de travail, soit utilise un autre type de PC, cette décision est prise avec moins de considération que si c’était chacun qui l’aurait faite.

« On n’est jamais mieux servi que par soi-même ».

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4 commentaires sur ce billet

  1. Brieuc dit :

    Voilà pourquoi j’amène mon MacBook au boulot ^^
    Totalement d’accord avec ça.

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  2. Louis dit :

    @Brieuc: ahahah pour cet aspect, j’aimerais tellement être à ta place… (et pour Seine-Etoile aussi, au passage)

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  3. H4mm3r dit :

    C’est bien de faire la guerre du télétype…
    Alors que toute l’industrie est d’accord pour pousser à fond sur le cloud computing (perso, j’apelle ça du Mainframe 2.0), je ne vois vraiment pas l’intérêt de se battre sur les TTY. Vous imaginez à l’époque, le poste Digital, il est vachement mieux que le NEC.

    Enfin, tout ça pour dire, qu’en entreprise (surtout grosse), il faut voir la productivité du poste mais aussi son ROI, son coût de support et logiciel.

    Vive le CR-48 !

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  4. Louis dit :

    @H4mm3r: En soit, on peut se battre sur le TTY justement parce que certains permettent de travailler plus vite que d’autres !

    Alors OK, l’entreprise doit voir son ROI, son coût de support et le reste, mais bon, quand tu dois travailler sur une bouse lourde et lente, crois moi que tu évites de faire des heures sups… Alors que si ton outil de travail est un outil qui te fait aimer tes conditions de travail, là y’a moyen que tu y mettes du bon coeur ! (on retrouve cet argument dans la différence entre Gmail pour les entreprises et LotusNotes/Outlook)

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