‘Google, The Beast File’ : une vidéo idiote

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Oui, je pense que « Google : The Beast File » est une vidéo idiote, et je vais expliquer pourquoi. Tout d’abord j’ai été plus ou moins écœuré de voir pas mal de gens reprendre cette vidéo sur leur blog, prenant son contenu pour argent comptant, sans en remettre le contenu une seule fois en doute. Rien que ça, cela m’énerve. Mais réfléchissez, un peu, que diable ! On vous met un contenu outrageusement orienté dans le cerveau, et la seule chose que vous trouvez à répondre, c’est un « ah oui, c’est pas bien… ». Non, en temps qu’humain, j’espère un peu mieux de vous. J’explique mon propos.

Oui, Google a investit dans beaucoup de domaines, mais sur la majorité de ces domaines, Google a des raisons qui sont bien plus simples que la recherche du mal absolu et le contrôle total de tout être humain sur terre.

Exemple :

  • Les 30 compagnies rachetées dans les 9 années précédentes : classique pour une grosse entreprise de racheter toutes les startup qui développent des idées innovantes (c’est d’ailleurs le but pour beaucoup d’entrepreneurs).
  • Les 187 brevets : rien d’anormal non plus. Regardez du côté des industries pharmaceutiques, et vous constaterez que le nombre de brevet est 1000 fois plus importants chez eux. Et pourtant, cela ne vous choque pas.
  • Les problèmes de privacy pour Google Buzz viennent du fait que Buzz a été conçu et pensé comme un outil de partage de contenus « propres » (car testé sur les employés de Google eux-même, qui ne partageaient a priori que des contenus « professionnels », et donc valorisants pour leurs auteurs, donc sans problème de privacy).
  • Le fait que « Google want’s to own your entire digital life » : moui… déjà c’est faux, Google veut être impliqué dans votre vie sur le web (et pas digitale). Apple et Microsoft sont sur les rang dans la « vie digitale » (vous avez plus probablement un iPod et un iPhone dans votre poche qu’un outil Google !).
  • « Google veut faire la plus grande bibliothèque jamais construite, et ce projet fait l’objet de procès » : et alors ??? Je n’ai pas entendu là quoique ce soit d’illégal. Alors pourquoi le vocabulaire de « largest ever » et « lawsuit » fait tilt dans votre tête et vous amène l’idée de « grand méchant loup » ? Alors on me dira que Google veut en plus de ça prendre des copyright sur les oeuvres numérisées… Par contre, personne ne s’émeut du fait que le plus gros concurrent de Google dans l’affaire, c’est un certain Microsoft, qui propose les même conditions
  • « It want’s to know where everything is » : Là on nous décrit Big Brother… Mais c’est tellement idiot comme argument… Avec Google Maps, Google ne fait rien de plus qu’informatiser des cartes papier qui existent depuis des années (et ça ne vous gênait pas beaucoup, à l’époque… alors pourquoi aujourd’hui ?). Aujourd’hui, plutôt que d’aller chercher dans l’index de la carte papier, vous taper votre requête dans la barre de recherche de Google Maps. Quelle différence ?
  • « Google want’s to track you »: Mais c’est tellement faux… (voir explications plus bas)
  • Le problème de l’accès à l’ADN : Rappelons quand même que la femme d’un des créateurs de Google (Anne Wojcicki) est elle-même la co-fondatrice de 23andMe, une société impliqué dans le décodage du génôme humaine, et que la mère de Serguey Brin a la maladie de Parkinson (cf Wikipedia), ce qui explique sans doute beaucoup de l’ouverture au grand public de ces services (Google Health, mais également les startups cités dans la vidéo).

A chaque fois, l’argument massue de cette vidéo est qu’il y a eu des procès contre Google dans certains de ses projets.

D’une part, ça ne prouve rien (surtout dans un pays comme les USA, très porté sur l’action en justice), et d’autre part, c’est mensonger.

Sur beaucoup de projets, les attaques en justices viennent d’effets collatéraux. Par exemple : avoir pris des enfants en photos dans Google Maps : croyez-vous honnêtement que c’était voulu, et que cela a été pensé ? Pas moi : je crois tout au plus que c’est un des cas que l’algo de reconnaissance et de floutage n’a pas réussi a traiter, mais je n’aurai certainement pas la prétention de venir leur en vouloir.

Je ne le répèterai jamais assez : oui, Google veut en savoir beaucoup de nous. Mais cela n’a rien de « méchant ». Google ne veut pas contrôler grand chose, en soit. Il veut juste pouvoir savoir un maximum de chose pour nous, afin de déterminer comment mieux vendre ses publicités.

Au delà de la vente de publicité, Google créé les services pour faire venir les utilisateurs chez lui, afin de créer les lieux où il aura l’occasion de glaner des informations sur nous (afin de mieux nous cerner et nous vendre des pubs, toujours pareil) : de là découlent Gmail, Youtube, Blogger, Health, etc.

Donc ce que je veux faire comprendre, c’est qu’il n’y a aucun projet de « contrôle » de quoi que ce soit chez Google (à l’inverse de « Big Brother », dont le but est le contrôle de ses sujets), juste une ambition bêtement capitaliste, qui souhaite vendre ses services (les pubs), et les vendre le plus possible. Ce n’est peut-être pas glorieux, mais ça n’est pas illégal.

Pour ceux qui ne croient pas mon propos, je vous recommande la lecture d’un billet chez Tristan Nitot, où il dit notamment :

Google est une boîte formidable. Rentable, bien gérée, innovante, qui comprend le Web mieux que personne, qui fait des produits de qualité la plupart du temps. Qui soutient de nombreux projets libres et souvent les formats ouverts. En plus, elle est beaucoup plus écolo-responsable que la moyenne. J’ai plein d’amis et d’anciens collègues qui travaillent là-bas. J’y suis allé déjeuner plusieurs fois à Mountain View et à Paris. Bref, Google — je le répète — est une boîte formidable.Mais ça reste une boîte. Cotée en bourse. Son devoir, c’est de générer le plus d’argent possible. C’est le système qui veut ça.

Son métier, c’est de profiler les gens, de tout savoir sur eux en leur offrant des services « gratuits ». Et de monétiser au maximum ces informations sur moi, avec de la publicité ciblée. Je ne l’invente pas. C’est Andy Rubin, VP de Google qui le dit lui-même : « notre cœur de métier : la publicité ».

La vidéo en question :

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9 commentaires sur ce billet

  1. Red-Rabbit dit :

    Ha ben merde … Je me doutais bien que j’étais pas tout seul a penser ça.
    Le truc marrant c’est de faire le parallèle avec l histoire de Microsoft .
    Le monstre de Redmond qui voulait la mort des concurrents …
    Bref je rigole .

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  2. H4mm3r dit :

    Microsoft a toujours maintenu un modèle qui a créé une rupture avec IBM mais sans continuer la révolution. Google aurait pu en faire de même mais cette société a une vision tellement globale qu’elle est vouée à entrer dans de nombreux domaines et y chercher les innovations qui lui est nécessaire.

    On peut résumer avec : GOOGLE RULES

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  3. Louis dit :

    @Red-Rabbit: Par contre, je n’ai pas dit que Google ne voulait pas la mort de ses concurrents. Il semble que sur ce point, Google ait une approche un peu différente de celle de Microsoft, mais je ne peux pas beaucoup plus m’étendre sur le sujet.

    @H4mm3r: Par contre, avec Google Buzz, on a pu voir qu’ils étaient tellement la tête dans le guidon (ce sont des ingénieurs surdoués), que des fois ils *oublient* comment sont les gens « normaux ». D’ailleurs, la réflexion d’Eric Schmidt sur le fait que ‘si on ne veut pas retrouver un truc pas avouable sur soi-même sur le net, la première chose est de ne pas le faire » montre bien que eux-même sont des gens assez intelligent pour comprendre ça dès la première minute, mais ça n’est pas le cas de tout le monde :-/ (même si, bien sûr, au delà de ça, on peut être contre le fond de cette phrase).

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  4. Thomas dit :

    Nul besoin qu’un système soit illégal pour devoir être changé. C’est même souvent le contraire, un système opérationnel ayant tendance à assurer sa préservation. Aussi, votre vision selon laquelle Google ne fait rien d’illégal me semble aussi juste que courte. Sauf à prendre à la lettre le « don’t be evil » ; ce faisant, le manque de recul que vous pointez à raison chez certains moutons anti-google semble étrangement se retrouver dans votre attitude.

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  5. Louis dit :

    @Thomas: La critique est facile, et je ne demande qu’à entendre vos arguments pour étayer votre thèse.

    (je rappelle aussi que le « don’t be evil » a été abandonné officiellement par Google depuis plusieurs années, cf là : http://en.wikipedia.org/wiki/Don%27t_be_evil )

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  6. Thomas dit :

    Un mot succinct à propos de Buzz : tout justifier par la culture technophile des employés de Google, c’est faire peu de cas de certains calculs.
    Tout le monde a encore en mémoire les propos d’E. Schmidt qui dessinent un nouveau rapport au domaine privé (qu’il partage d’évidence avec Zuckerberg) : « Si vous faites quelque chose que vous voulez que personne ne sache, vous ne devriez peut-être pas faire cette chose pour commencer ». Cette phrase (qui ressemble beaucoup aux gesticulations de FB à chaque modification un peu nébuleuse des conditions de vie privée) semble expliquer correctement les conditions de lancement de Buzz.
    D’ailleurs, qu’il soit question des apps du labo Gmail ou du labo Google ou qu’il soit question de nouveaux services, je n’ai pas souvenir que Google les ait jusqu’à aujourd’hui imposés par mégarde à ses utlisateurs. Wave, par exemple, demandait une inscription à la Béta. Beaucoup d’entre nous cherchions l’heureux bénéficiaire de plusieurs invitations. Gmail, dans le temps, s’était lancé dans les mêmes conditions. Il en va de même pour toutes les apps en béta sur Gmail ou Google : jamais aucune d’entre elles ne s’était activée d’elle-même… sauf Buzz, donc, et ce, au moment où Schmidt tient ces propos malheureux ; et ce, deux mois avant que ne tombe une info assez sidérante : pour la première fois, le trafic de FB a dépassé celui de Google aux États-Unis.
    Il est donc tout à fait loisible d’imaginer que Google a pris acte de la transformation du web informationnel en web social. Et qu’il est vital à terme pour lui d’y réussir enfin. Quel meilleur moyen que de le proposer d’office aux 200 millions d’utilisateurs de Gmail ?

    Ça ne retire rien ni à votre analyse ni à la qualité des services de Google. Ni sans doute à la pertinence de l’analyse d’E. Schmidt et de M. Zuckerberg. Mais mettre en perspective son approche systémique de la vie numérique des individus n’est pas sans intérêt surtout si l’on pense comme tout libéral que les tendances monopolistiques finissent toujours par provoquer un appauvrissement général. Son formidable succès semble parfois menacer Google. Le dire n’a rien d’infamant.

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  7. Dr.pepper dit :

    Je suis d’accord sur le fond, mais comme tu dit très bien :

    Mais ça reste une boîte. Cotée en bourse. Son devoir, c’est de générer le plus d’argent possible.

    Dès lors, cela implique certain choix, comme les boites cotée en bourse..
    A cette seconde phase, on peut ce posez des questions :

    – Est ce que Google est vraiment ce qu’ils prétend être ?
    – S’agit t-il d’une « image », pour ce protéger derrière ?
    – Qui est là pour savoir de ce que devient nos données personnelle ?

    Perso je suis pas contre Google, loin de là.
    Mais comme dans tous débat, il faut argumenter et venir vérifier le fond réelle du débat.

    En tous cas,
    je pense que cette article ne sauras pas de moins vis à vis des idées reçu de certain !!

    Merci,

    Dr.pepper

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